Tribune : Edda Lietta veut "rétablir la vérité" après le décès de son mari il y a 13 ans

Publié le 01/02/2024 - 17:02
Mis à jour le 01/02/2024 - 19:15

TRIBUNE • Edda Lietta, 81 ans, ne dort presque plus depuis 13 ans, depuis le décès de son mari. Elle tient à raconter au grand public son histoire, sa "vérité" sur les circonstances de la disparition de son mari, mort à l’âge de 74 ans "alors qu’il n’aurait pas dû si certains médecins n’avaient pas oublié des informations importantes."

Edda Lietta © Alexane Alfaro
Edda Lietta © Alexane Alfaro

"Le 21 mars 2023, la cour d'appel de Besançon nous a déboutés de la contre-expertise médicale que nous avons demandée suite au décès de mon époux, Joseph Lietta.

Par respect pour sa mémoire et pour pouvoir faire le deuil, j'ai besoin de rétablir la vérité sur les causes exactes de sa mort et les fautes médicales commises qui ont conduit au décès.

LES FAITS

Mon époux est décédé d’une pathologie cardiovasculaire très avancée, le 25 février 2011. Après le décès, afin de savoir comment cela a pu arriver, j'ai sollicité le cabinet médical de son cardiologue, Dr Patrick J., pour demander un rendez-vous.

Mais ce médecin m'a éconduite, prétextant qu'il n'avait rien à me dire. Alors, nous nous sommes tournées vers le généraliste, Docteur Ugolino D., pour obtenir le dossier médical de mon époux. Nous avons découvert dans ce dossier des comptes rendus médicaux gravissimes sur la maladie cardiovasculaire, dont mon époux n'a jamais eu connaissance avant 2011, date de son décès.

LA DECOUVERTE DE LA MALADIE

Le 27 juin 2001, le Dr S., angiologue, reçoit mon époux à la demande du Dr D., son généraliste, pour réaliser un bilan vasculaire. Il transmet à ce dernier un compte-rendu très alarmant sur l'état vasculaire de son patient, mentionnant des lésions étendues, d'importantes calcifications en aggravation significative en comparaison avec un précédent examen, réalisé 8 ans auparavant, à la demande du généraliste.

Le diagnostic est clair : maladie athéromateuse plurifocale nécessitant un contrôle de l'état coronarien.

Le Dr D. n'a jamais prescrit l'examen des coronaires. Ceci a conduit son patient à l'insuffisance coronarienne et à la mort.

Le Dr D. avait bien connaissance de la maladie cardiovasculaire, mais il n'en a jamais informé son patient.

Le 11 janvier 2002, le Dr J. reçoit mon époux pour bilan, à la demande du généraliste. Le cardiologue met en évidence des anomalies cardiaques qu'il transmet à son confrère mais le patient n'est pas informé.

Il s'agit bien d'une maladie cardiovasculaire, hypertrophie auriculaire gauche ainsi qu'une ischémie myocardique dans le territoire inférieur de la coronaire droite.

Le 31 janvier 2002, le cardiologue écrit à son confrère généraliste « le bilan cardiovasculaire de Monsieur Lietta est normal »; ceci en totale contradiction avec les anomalies cardiaques mises en évidence par ce même cardiologue 20 jours auparavant.

A partir de cette date, aucune recherche n'a été faite pour en connaître les causes, aucun suivi ni acte préventif. Ce cardiologue a commis la faute gravissime qui a conduit son patient à une très importante hypertrophie myocardique et ventriculaire gauche, cause majeure de la mort de mon mari.

Le 10 juillet 2009, le cardiologue traitant reçoit à nouveau mon mari à la demande du généraliste pour pratiquer un électrocardiogramme qui met en évidence les mêmes anomalies cardiaques qu'en 2002 et une déviation axiale gauche, signe d'une très importante hypertrophie myocardique.

Le Dr J. a compris avoir commis une faute médicale gravissime le 11 janvier 2002. Il a oublié la pathologie cardiaque qu'il a pourtant mise en évidence.

Mais ce même cardiologue a commis en juillet 2009 une autre erreur grave, laissant repartir son patient sans l'informer de la gravité de son état. Il aurait dû le faire hospitaliser immédiatement en cardiologie. C'était son devoir.

Il a prétexté une malformation congénitale qui n'existait pas mais qui aurait pu justifier l'état dans lequel son patient était arrivé en juillet 2009 « insuffisant cardiaque ».Ce cardiologue a écrit sur son compte-rendu d'examen du 30 juillet 2009 « état cardiaque stable ». Il a occulté l'évolution de la maladie.

A l'expertise judiciaire qui a eu lieu en 2013, le Dr J. a donné une lettre qu'il a qualifiée d'épreuve d'effort; ce document n'est pas le compte rendu de l'examen pratiqué. J'étais moi-même présente à cette épreuve d'effort subie par mon mari le 30 juillet 2009 et non le 17 janvier 2009 comme mentionné sur sa lettre.

Le cardiologue a qualifié cette épreuve d'effort « négative » mais il ne peut pas le prouver. Ii n'y a ni tracé, ni c compte-rendu comme cela doit être. Il a également prétendu avoir donné à son patient un traitement pour l'insuffisance cardiaque; ce qui est faux.

Le 11 janvier 2011, le Dr J. reçoit son patient pour bilan. L'électrocardiogramme pratiqué montre les mêmes anomalies cardiaques que le 11 janvier 2002 et en juillet 2009. Le cardiologue feint de découvrir l'hypertrophie myocardique alors qu'elle évolue depuis 2002 et était déjà présente le 10 juillet 2009.

L'EXPERTISE JUDICIAIRE

L'expertise judiciaire a eu lieu en 2013. Nous avons demandé une expertise médicale pour connaître les causes exactes de la mort de mon époux, ainsi que les éventuelles fautes et négligences commises par les docteurs J. et D. dans le cadre de leur suivi.

Les 3 experts judiciaires nommés nous apprendront dans leur rapport du 28 octobre 2013 que les causes de la mort de Joseph Lietta sont la conséquence de l'évolution prévisible de la pathologie initiale: insuffisance coronarienne associée à une importante hypertrophie myocardique.

Mais ils ont en même temps dissimulé le nom des 2 médecins qui ont par faute et négligence laissé évoluer la pathologie initiale.

Après bien des vicissitudes pour trouver un médecin qui accepte de reprendre l'analyse du dossier, dans ce milieu il est difficile de mettre en cause un confrère...le Docteur De., cardiologue expert près les tribunaux et la cour d'appel de Versailles, a bien voulu reprendre le dossier pour l'analyser.

Cet expert, après avoir pris connaissance de toutes les pièces médicales, écrit dans son rapport ; je cite « cette maladie coronaire très sévère a évolué sur des années. L'occlusion de la coronaire droite correspond à la séquelle d'infarctus présente sur l'électrocardiogramme du 11 janvier 2002 », je précise : pratiquée par ce même cardiologue Dr J..

L'expert poursuit: « cette cardiopathie ischémique évolutive sévère a facilité l'hypertrophie ventriculaire gauche importante qui gênera le chirurgien ».

Cet expert est explicite sur la faute médicale commise et sur la responsabilité des deux médecins mis en cause.

Nous avons demandé une contre-expertise. Les deux médecins l'ont refusée catégoriquement avec force et pour cause...

Cette contre-expertise aurait démontré la faute médicale et que les deux médecins avaient bien connaissance de la maladie cardiovasculaire depuis 2001-2002 mais également l'erreur commise par les trois experts judiciaires qui ont rendu, le 28 octobre 2013, un rapport ne mettant pas en évidence la faute médicale.

La cour d'appel, pour justifier le refus de nous accorder la contre-expertise, a écrit :

« Il sera observé que le grief qui est fait aux intimés consiste à n'avoir pas décelé chez monsieur Lietta une pathologie cardiovasculaire. Dès lors, il ne peut être raisonnablement reproché aux docteurs J. et D. de n'avoir pas informé leur patient au sujet d'une pathologie qu'ils n'avaient pas décelée ».

Comment la cour d'appel a-t-elle pu écrire cela ? N'en déplaise à la cour, le grief qui est fait aux docteurs J. et D. n'est pas « de ne pas avoir trouvé la pathologie cardiovasculaire » mais de l'avoir découverte puis oubliée le 31 janvier 2002.

De ce fait, cette pathologie cardiovasculaire a évolué et conduit leur patient à l'état cardiaque et coronarien catastrophique où la seule issue était la mort.

La cour n'a visiblement pas lu nos conclusions et les pièces médicales qui s'y rapportaient. Seuls les dires de la partie adverse ont été pris en compte. Il est vrai qu'un avocat de la partie adverse, dans ses conclusions responsives, nous a averties « que le tribunal ne se laissera pas duper ».

Nous nous sommes demandé alors comment cet avocat pouvait connaître la réponse qui nous serait donnée par le tribunal avant même la première instance.

Coluche avait bien raison lorsqu'il a dit « Il y a deux sortes de justices: Vous avez l'avocat qui connait bien la loi et l'avocat qui connaît bien le juge ».

Ce qui s'est passé dans ce tribunal nous a interloquées.

Mais y a-t-il une justice ?"

Edda Liotta

Société

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